Mon histoire

Dès l’adolescence, j’avais globalement moins d’énergie que mes ami(e)s. Ce n’était pas très marqué et ça ne m’a pas posé de problèmes au quotidien. Je ne pouvais juste pas cumuler l’école, les devoirs et les sorties. Je me contentais souvent de travailler et je dormais beaucoup le week-end pour récupérer. Je ne me rendais pas vraiment compte de ma différence, c’est lorsque je partais en vacances avec d’autres que je constatais que j’avais besoin de dormir plus (8h30 à 9h de sommeil). Durant une bonne partie de la journée j’étais dynamique et je compensais ainsi le fait que je n’avais plus la force de faire beaucoup d’activités en soirée.

Lorsque j’ai rencontré le père de mes futurs enfants sur mon lieu de travail, j’ai essayé de suivre son rythme de vie à lui. Je n’ai pas tenu bien longtemps à vrai dire. J’étais fatiguée et surtout très stressée. Tout est vite rentré dans l’ordre lorsque nous avons décidé que je dormirais plus et que je me reposerais en fonction de mes besoins, lui organiserait sa vie suivant les siens.

Lorsque j’ai eu mes enfants, mon sommeil en a fortement pâti et à nouveau je me suis retrouvée en grande difficulté. Mon fils par exemple dormait de 21h à 4/5h du matin, il « faisait ses nuits » donc mais un peu en décalage par rapport aux horaires « idéaux » compatibles avec nos emplois. Et la journée il cumulait les siestes de 20 minutes, ce qui ne me suffisait pas. Durant une longue période, je me souviens avoir eu envie de dormir la plupart du temps, et dès le réveil.

J’ai été mise sous anti-dépresseur pour compenser le manque de sommeil mais ça n’a pas fonctionné, ce dont j’avais besoin à l’époque c’était du repos, et beaucoup de repos. Un jour, mon mari a accepté d’aller avec nos enfants et sans moi chez ses parents en province durant tout un week-end. Du vendredi soir en rentrant du travail jusqu’au lundi matin, j’ai dormi ou somnolé. J’ai enfin pu reprendre le travail en forme comme je ne n’avais pas été depuis très longtemps. Cette fatigue passait donc encore avec le repos. Par contre, semaine après semaine, elle revenait parce que mon temps de sommeil et mon temps de repos n’étaient pas compatibles avec mes besoins.

Mon anti-dépresseur a été progressivement augmenté et un jour l’envie de dormir est passée, l’énergie est revenue et je me suis remise au sport. Beaucoup ! Des idées ont germé dans ma tête, je voulais plaire, changer de vie. J’ai un peu de mal à parler de cette période et de ce que j’ai fait. En tout cas j’ai fini par me retrouver à l’hôpital dans un état dépressif sévère cette fois, une dépression qualifiée de « mélancolique ».

Au début, je ne réagissais à aucune molécule mais finalement, un jour, je me suis d’abord mise à avoir envie de bouger. Je n’arrêtais pas de marcher en long et en large. Lorsque mon état mental c’est lui aussi amélioré assez pour que je puisse sortir, j’ai continué à avoir besoin de bouger. J’avais emménagé dans un studio à Paris et je sortais même la nuit pour de grandes marches. Je me sentais bien, en forme, épanouie. Je dormais moins que d’habitude et pourtant j’étais moins vite fatiguée. Le problème c’est que j’avais des idées étranges, que je prenais des risques parce que ma vision du danger avait évolué et que je dépensais aussi énormément d’argent en vêtement et maquillage surtout. Une amie a rappelé l’hôpital pour dire que j’avais changé de personnalité, qu’elle ne me reconnaissait plus et qu’il fallait me ré-hospitaliser. Je n’en avais aucune envie puisque de toute façon j’étais persuadée d’avoir « une bonne étoile » pour me protéger. Je me sentais forte et je pensais savoir quoi dire pour rassurer mon psychiatre, ce qui a parfaitement fonctionné d’ailleurs.

Je n’ai su que bien plus tard, plus de 10 ans après, que cet état s’appelait une « hypomanie » et que je n’allais pas « super bien », c’était une phase d’une maladie qui s’appelle « trouble bipolaire ». J’ai connu ce genre d’état tous les ans/ans et demi ou 2 ans maximum durant 10 ans par la suite. Il durait en général quelques semaines et était suivi d’une transition très désagréable (nommée parfois « état mixte dépressif » sur internet) pour déboucher ensuite sur une dépression plus longue, parfois de plusieurs mois. J’ai été diagnostiquée en 2013 et les anti-dépresseurs ont alors été progressivement supprimés pour être avantageusement remplacés par du lithium. Depuis, c’est une véritable délivrance, je n’ai plus subi d’hypomanie ni de dépression et mon moral au quotidien est bien plus serein et stable.

Mais je vais reprendre ma narration dans le passé à ma sortie de l’hôpital : mon hypomanie s’est éteinte doucement et je crois que c’est la seule fois où elle n’a pas été suivie d’une dépression.

Plusieurs mois après je rencontrais un homme qui allait s’avérer être violent verbalement et psychologiquement. Il était très demandeur envers moi et y répondre impliquait de sacrifier une bonne partie de mon sommeil. A cela se rajoutait du stress pour moi qui voulais absolument résoudre nos problèmes parce que j’appréciais énormément son intelligence, le fait qu’il s’intéresse à tellement de choses et son charisme immense lorsqu’il était de bonne humeur. Je croyais que si je lui montrais à quel point j’étais prête à faire des efforts et à quel point j’étais bienveillante, il se calmerait. Ça a eu en fait l’effet inverse.

A l’approche des fêtes, dans les derniers jours de 2005, j’ai attrapé un petit rhume de rien du tout. Mais (peut-être) comme j’étais exténuée et que je n’avais pas assez dormi depuis 6 mois, il a dégénéré en grosse bronchite. La fièvre m’a mis totalement KO, ce qui a profondément énervé mon compagnon. Il m’en voulait de ne pas pouvoir m’occuper assez de lui. La fièvre a mis beaucoup de temps à disparaître, plus que je n’avais jamais connu de ma vie. Et après sa disparition ainsi que celle des autres symptômes de la bronchite, je n’avais pas récupéré au niveau de ma fatigue. Je n’ai d’ailleurs toujours pas récupéré plus de 10 ans après !

Peut-être qu’un jour j’évoquerai sur ce blog tout ce que j’ai subi durant cette période. Certaines choses me sont si atroces à évoquer qu’il m’est très difficile d’en parler, même aux personnes en qui j’ai le plus confiance. J’ai été hospitalisée à nouveau fin 2006 et j’ai dormi plus de 20h par jour au début à l’hôpital.

Nous avons fini par nous séparer mais je pense que durant un bon moment j’ai eu des séquelles psychologiques de type syndrome de stress post traumatique. J’avais très peur des gens que je côtoyais, je voyais un psychopathe ou un pervers narcissique potentiel derrière chaque personne (ce que mon ex-compagnon n’était pas d’ailleurs, puisqu’au vu des exemples que j’ai cités à ma psychologue il semblait plus agir comme quelqu’un qui souffre de paranoïa).

Au travail, ça a été très dur. J’étais handicapée non seulement lors de mes phases de trouble de l’humeur, mais aussi par une très grande fatigabilité, du stress et d’autres symptômes physiques et psychiques liés à l’intensité de mon épuisement. Mais je n’étais pas du tout considérée comme travailleur handicapé et il était donc attendu de moi exactement le même travail qu’une personne en bonne santé.

En plus la période était à la suppression de personnel, les termes à la modes étaient « efficacité », « faire plus avec moins », etc…

Nous vivions tous une très forte pression sur les résultats et je n’en pouvais plus. Je m’effondrais de plus en plus jusqu’au déclenchement d’un épisode, soit une dépression d’épuisement, soit une hypomanie suivie d’une dépression. A chaque épisode, mon état général descendait d’un cran. Je n’ai jamais pu remonter un seul cran perdu au cours d’une dépression, c’est comme si mon organisme trouvait un nouvel équilibre à un niveau de fonctionnement plus bas, encore plus altéré qu’avant.

J’attribuais cet état à des symptômes résiduels dépressifs étant donné que mon moral était loin d’être au top. J’étais aussi très émotive.

En 2013, non seulement j’ai arrêté les anti-dépresseurs et j’ai pris du lithium, mais j’ai aussi appris énormément de choses concernant le trouble bipolaire en général, mon fonctionnement en particulier, ainsi que de nombreuses astuces pour gérer mon humeur et mon émotivité. Et par dessus tout, j’ai obtenu le statut de travailleur handicapé, ce qui m’a permis de bénéficier de nombreux aménagements qui participent à mon avis énormément à l’amélioration observée.

A lire certains témoignages sur internet, je me rends compte que j’ai une chance immense malgré mon handicap par rapport à certains : je suis extrêmement bien entourée, ma famille me soutient et m’aide énormément, mes ami(e)s sont pour la plupart incroyablement gentils et compréhensifs et au travail mes collègues, ma hiérarchie, sont des personnes vraiment charmantes. Je travaille à mi-temps et je ne suis donc pas riche mais je suis hébergée, je n’ai pas de problèmes financiers.

Le mieux de tout : depuis 2013 je ne souffre plus au quotidien !

En fait, lorsque je ne lutte pas pour m’activer malgré la fatigue et/ou la faiblesse, eh bien je me sens vraiment très très bien.

Mon quotidien ne devient difficile que si je force. En plus de l’effort qui devient de plus en plus intense pour une efficacité de plus en plus réduite, les autres symptômes apparaissent, comme les douleurs au dos, dans le cou, au niveau des mains, les troubles de la vision, le mal de tête, etc…

C’est parce que je vais si bien et depuis si longtemps lorsque je respecte les signaux de mon corps que je me suis mise à faire des recherches sur internet à propos de la fatigabilité. C’est comme cela que je suis tombée sur des sites et blogs qui abordent la problématique de la fatigue chronique. A ce jour, je poursuis mes recherches…

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